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Yolande Bastarache

Originaire du Nouveau-Brunswick, Yolande Bastarache a fait des études en biologie, en histoire et en littérature française à l’Université de Moncton et à l’Université de Nice. Elle a consacré une bonne partie de sa vie à prendre soin de ses deux enfants atteints d’une maladie grave. Grande amoureuse des livres, elle a aussi beaucoup voyagé aux côtés de son complice de plus de 50 ans, le juge à la retraite de la Cour suprême du Canada, Michel Bastarache.

 

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Mon village, la côte
Excerpt

« Je dois raconter cette histoire à mon cahier rose. Les adultes ne s’y intéresseront pas. Mon amie Juliette était une fille sage et pas menteuse du tout. Elle ne parlait jamais pour ne rien dire et souvent on se demandait, Annie et moi, ce qu’elle pouvait avoir en tête. Alors, le jour où elle s’est mise à nous faire ce récit bouleversant, que je vais vous relater, Annie et moi nous l’avons écoutée avec beaucoup de respect. Je dois tout dire de cette journée où l’inconcevable et l’indignation se rencontrent pour ébranler une vie. »   – Yolande Bastarache, Extrait de « Les secrets des enfants », Mon village, la côte 
« Ma compagne bien en chair, à la coiffure en chignon, parle peu. Ce qui fait mon affaire. Mon corps s’engourdit de plus en plus. Quand ma voisine s’aperçoit que je ne peux atteindre mon bouton d’appel, elle n’hésite pas à venir à mon aide en se servant du sien pour appeler. Voyant mon inconfort, elle m’offre quelques mots d’encouragement. Le soir où une envie de tousser la jette dans une peur bleue de découdre ses points de suture, je réussis à appeler l’infirmière, qui la rassure qu’il n’y ait aucun danger que cela se produise. L’air sec nous gratte la gorge et nous fait tousser. »    – Yolande Bastarache, Extrait de « La sympathie des âmes », Mon village, la côte
« Tante Violette s’est isolée volontairement, il y a déjà quinze ans, à quelques milles en dehors de la ville, dans ce village incolore et inodore qui n’est pas le sien. Elle a perdu sa ville, sa maison, son travail, sa famille, et à soixante ans, elle a tout recommencé. Ici, on la croit sans famille. C’est ce qu’elle a raconté à tous les locataires de ce bloc appartement. Lorsque ses sœurs lui rendent visite – événement rare –, elle les traite comme des étrangères et ne mentionne à personne leurs liens de parenté. Il y a plusieurs mois, je suis arrivée dans cette ville; j’ai pris connaissance de sa situation et de sa solitude et j’ai voulu la revoir et lui parler, comprendre tout ce qui n’était pas dit ou expliqué, vérifier si elle avait besoin d’aide. Trop de questions étaient laissées sans réponse.  Elle ne s’est jamais mariée. Ses parents, ainsi que son frère (mon père) et une sœur sont décédés. Elle est campée en face de moi et me sourit; elle parle sans arrêt. Son visage évoque celui d’un homme, mais ses yeux sont féminins et rieurs. Les rares cheveux qui lui restent, qu’elle teint elle-même sans l’aide d’un miroir, sont d’un rouge indescriptible, courts et mal coupés, collés sur la tête. Elle est bâtie carrée. Rien de délicat. Forte. Rien de cassable. Étrangement, chaque partie du corps observée séparément se révèle normale et fragile. L’ensemble donne l’impression d’un plan de base bien pensé qui a mal tourné. Elle ressemble beaucoup à son père, chez qui les mêmes traits révélaient un homme beau et distingué. Lorsqu’elle raconte sa vie, tante Violette répète cette phrase qui résonne comme un leitmotiv singulier : « Je n’ai pas les yeux de mon père, mais ceux de ma mère. » – Yolande Bastarache, Extrait de « Violette », Mon village, la côte 

 

 

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